« Ain’t I a Woman. Black Women and Feminism. » bell hooks

 

« Ne suis-je pas une femme ? »

C’était la grande question posée en 1851 par l’abolitionniste afro-américaine Sojourner Truth lors d’un discours célèbre. Cette ancienne esclave, ayant pris la fuite et gagné en 1826 sa liberté et celle de sa fille, a interpelé des féministes et des abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race et de sexe. Elle prononce son discours lors de la Conférence du droit des femmes de l’Ohio et pose par la même occasion les bases fondamentales de l’afroféminisme.

Héritière de ce combat, l’auteure bell hooks décrit dans cet ouvrage les processus de marginalisation des femmes noires et fait une analyse des féminismes blancs, du patriarcat des hommes blancs et noirs, et des difficultés à prendre en compte les oppressions croisées. 

A PROPOS DE L’AUTEURE : bell hooks, auteure, féministe et militante afro-américaine, est née en 1952 dans le Kentucky. Petite, elle subit les lois de ségrégation raciale, notamment en allant dans une école publique réservée aux filles noires. Née Gloria Jean Watkins, elle choisit comme pseudonyme le nom de sa grand-mère maternelle, connue pour son franc-parler, en l’écrivant avec des minuscules pour mettre l’accent sur son travail plutôt que sur sa personne. Après des études de littérature anglaise et une thèse sur Toni Morrison, elle enseigne l’anglais, l’histoire africaine et afro-américaine, les études féministes dans différentes universités américaines, dont celle de Yale. A travers ses actions et son oeuvre, elle explore les liens entre les oppressions de sexe, de race et de classe.

Elle est titulaire de nombreux prix et distinctions, et figure dans la liste des femmes intellectuelles les plus influentes des Etats-Unis établie par Publisher’s Weekly et The Atlantic Monthly. Elle a publié plus de 30 livres et de nombreux articles dans des revues, sur des sujets divers comme le patriarcat, la pédagogie, la sororité, l’impérialisme blanc, les médias de masse, le post-colonialisme.

CONCERNANT LA PREFACE : Elle est signée Amandine Gay. Comédienne et réalisatrice afroféministe, Amandine replace l’oeuvre de bell hooks dans l’histoire du black feminism aux Etats-Unis à partir des années 1980. La publication de « Ne suis-je pas une femme ? » en 1981 sera suivie par différents textes, revues et ouvrages qui vont entériner les bases du « black feminism », notamment avec Angela Davis, Patricia Bell-Scott, Gloria T. Hull, Barbara Smith, Audre Lorde et Paulette Nardal et bien d’autres encore.

A titre personnel, ça a été un immense plaisir de voir que mon blog était cité en page 27 de cette préface pour évoquer les écrits francophones qui relatent l’existence et les combats des femmes afro-descendantes en France. J’ai été très touchée de voir cette note de bas de page aux côtés des blogs de Mrs Roots, de Clumsy ou encore des bavardages de Kiyémis. Encore un grand merci à Amandine pour ce geste!!!!

Vous pouvez découvrir dans l’article ci-dessous le profil et le travail d’Amandine pour celles et ceux qui ne la connaissent pas :

Une Femme, Un Modèle #12

A PROPOS DU LIVRE : Non seulement ce livre pose les bases fondamentales du « black feminism », mais il participe aussi à mettre en relief la vie et l’histoire des femmes afro-américaines de plusieurs générations. Ce livre écrit par une femme noire permet d’institutionnaliser et d’humaniser l’histoire des femmes noires souvent mises à l’écart dans la littérature, et de comprendre comment les oppressions subies peuvent être multiples. Cet ouvrage est fondamental et fourni en recherches sociologiques sur le racisme et le sexisme que vivent les femmes noires tout au long de l’histoire des Etats-Unis.

En effet, bell hooks propose un contenu riche et documenté sur l’histoire de l’esclavage, la concurrence historique des luttes entre les femmes blanches et les femmes noires aux Etats-Unis et des luttes entre Noirs pour l’accès au droit de vote, une approche des mouvements noirs de libération bien plus large que celle des droits civiques que l’on peut trouver en français, le tout avec un regard féministe.

Dans la préface du livre, Amandine Gay replace la pensée de bell hooks à travers les différents mouvements afroféministes d’aujourd’hui.

“C’est en étudiant et en militant que j’ai compris que, pour les Afro-descendantes, l’accès à la littérature afroféministe anglophone est un formidable ressort de pouvoir.” Amandine Gay

CONCLUSION : Après avoir terminé la lecture de cet illustre ouvrage, j’étais plus apaisée et sereine intérieurement. Ce livre laisse comme une trace indélébile dans mon esprit tellement il est marquant et criant de vérité. Honnêtement, je n’avais jamais lu un ouvrage dans lequel j’ai pu autant me reconnaître et m’identifier. Avec ce livre, en tant que femme noire, j’ai pris encore plus conscience que je n’étais pas seule à me poser un tas de questions! Ca fait du bien de voir que d’autres femmes avaient déjà vécu les mêmes situations, pensé les mêmes choses et qu’en plus, elles les avais théorisées dans différents écrits.

C’est une sorte de thérapie que j’aurai aimé entamer plus tôt dans ma vie pour me réconcilier avec moi-même. J’aurais aimé lire cet ouvrage au lycée ou au collège, pour être plus armée psychologiquement face aux agressions racistes et sexistes. Ça m’aurait été bénéfique en plus de la transmission de l’histoire de l’Afrique centrale pré-coloniale dont j’ai bénéficié grâce à ma famille. La jeune fille noire d’origine centrafricaine que j’étais jadis, qui est née et a grandi à Lille aurait tellement été apaisée avec ce genre de lecture. C’est un ouvrage qu’il est impératif de connaître et de lire pour toute notre génération de féministes noires qui prennent la parole. Même après l’avoir terminé, il reste sur ma table de chevet!

D’ailleurs, dans la préface, Amandine Gay conclue en affirmant haut et fort la dimension émancipatrice de la lecture de ce livre.

“Cet ouvrage est un outil d’émancipation dont nous devons nous servir pour forger nos propres analyses. Comme l’a justement dit Toni Morrison : “S’il y a un livre que vous souhaitez lire mais qu’il n’a pas encore été écrit, alors vous devez l’écrire.” Amandine Gay

SOURCES : Ne suis-je pas une femme ? / bell hooks  / Editions Cambourakis, Collection Sorcières, 23 septembre 2015
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olga Potot 224 pages / 140×205 mm / Prix : 22.50 euros / ISBN : 9782366241624

Et vous? Avez vous lu cet ouvrage? En tout cas, j’espère que l’article vous donnera envie de le lire!

A très bientôt et surtout prenez soin de vous.

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