AFRO! Le Livre de Rokhaya Diallo

Par Kunta Queen Teh, grande passionnée de musique et de culture africaine. 

AFRO! est le nouveau livre de Rokhaya DIALLO et de Brigitte SOMBIE. 

J’ai eu grand plaisir à lire déjà sa bande dessinée Pari(s) d’amies sortie au mois d’avril 2015 (on en parlait ICI), une BD qui dressait le portrait de jeunes femmes parisiennes, la trentaine, en quête de leur bonheur professionnel, personnel, et affectif, ça parle d’une bande d’amies réunies autour de la diversité, c’était juste un régal.

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C’est donc avec un très grand plaisir que j’ai répondu aux questions posées par Rokhaya dans le cadre de son livre AFRO! (Page 222 du livre ).  

Rencontrée plusieurs fois lors des événements culturels, Rokhaya est une belle personne, une femme qui se bat pour ses idées, elle est toujours dans une démarche valorisante et en plus je la trouve cultivée et intelligente.

RESUME: Le livre AFRO! est un ensemble de portraits, 110 portraits de Parisiens et Parisiennes, des afro-descendant-e-s avec un parcours capillaire propre à chacun concernant le passage à l’acceptation  du cheveu naturel. 

Des portraits d’artistes, de militants, d’animateurs, de journalistes, d’humoristes, d’étudiants, et même d’une ministre que j’apprécie particulièrement: Christiane TAUBIRA. C’est un livre métissé, coloré, qui arbore la diversité à travers des femmes, des hommes, des enfants de différentes cultures vivant toutes et tous en France. Quand elle m’a dit qu’elle préparait un livre autour sur cheveu crépu et voulait savoir si ça m’intéresserait d’y participer, j’ai répondu tout de suite avec un grand OUI et avec plaisir. Nous nous sommes retrouvées dans un restaurant près de mon lieu de travail et nous avons échangé longtemps en présence de Brigitte qui faisait quelques cadres avec son appareil photo.

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J’y suis allée à coeur ouvert, sur le d’où me venait mon déclic du passage aux cheveux naturels, ma prise de conscience, et surtout comment j’ai géré l’après. 

MON RESSENTI: En lisant le livre, je réalise que certaines histoires se recoupent énormément. Des coiffures difficiles dès l’enfance avec cette méconnaissance des parents concernant le soin du cheveu crépu. Cette douleur que l’on ressent qui ne donne pas envie de conserver, d’aimer son cheveu.

Alors quand vient l’adolescence, avec tous ces modèles et standards imposés, on pense à cette solution facile: Le défrisage. C’était un peu notre rédemption sur les heures de “tortures”. De plus, on se sentait plus jolie avec des cheveux lisses, longs, on ressemblait à ces modèles qu’on voit à la TV, dans les magazines type OK Podium … on se sentait citadines, “IN”, y compris moi, tandis que les filles aux cheveux crépus étaient considérées comme des “villageoises”, celles qui n’ont pas de moyens de s’offrir un pot à défriser …etc.

Pourtant quand j’étais enfant, il m’arrivait curieusement de croiser des femmes, des mamans portant leur cheveux afro à la Angela Davis, et avec mes amis, on les prenait pour des marginales, on ne comprenait pas pourquoi elles étaient différentes des autres mamans. Et certaines mamans, quant à elles, disaient que ces femmes étaient des “longs crayons”, que l’école leur avait tourné la tête. Bref …

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C’est avec le temps, le recul, les lectures que l’on se rend compte qu’il existe un travail interne, un travail de fond quant à l’acception de notre propre nature détournée, et ce, en passant par les cheveux, qui sont bel et bien nos antennes, et nous y sommes plus que reliés. 

Il n’est plus à souligner que lorsqu’on se défrise les cheveux, on accepte de tuer notre cheveux, il ne vit plus, tous les soins qu’on y apporte en gros c’est juste entretenir quelque chose de mort. 

On sait de nos jours à quel point le défrisage cause de nombreux dégâts, c’est quasiment le même discours que le blanchiment de la peau, mais que voulez-vous!

Je crois que nous sommes une société qui aime vivre des choses avant de les croire, pour ça, chacun a forcément raison de ses choix. Mon déclic, ou du moins ma prise de conscience est venue avec l’image de la Top Model Naomi CAMPBELL qui a fait le tour des réseaux sociaux.

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Je me suis renseignée sur l’alopécie, les cancers, les cassures et puis historiquement, sociologiquement j’ai voulu rentrer en profondeur. J’ai regardé les tutos de Youtubeuses, j’étais abonnée à Beautiful Naturelle, et Babynette 2009, sa soeur qui est une copine m’a accompagnée dans cette transition, dans l’achat de produits, de soins etc.

Quand j’ai fais mon “big shop”, je me sentais moche, tout mon visage ressortait, et puis j’ai un grand front qui m’a beaucoup complexé quand j’étais enfant, il fallait que j’accepte aussi de le montrer, alors avec des cheveux courts posés dessus, alalala Kita revenait en surface.

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Mais j’ai appris à me regarder différemment. Différemment parce qu’avant, je remettais la faute uniquement au système,  je me disais moi étant dans le milieu du conseil, une consultante dans un environnement en “col blanc” etc. Je ne serais jamais acceptée avec mes cheveux crépus, il faut porter des cheveux lisses, longs, ressembler à tout le monde pour que le client “t’accepte” à la mission. 

Alors après mon “big shop”, j’y allais en perruque au boulot, et puis un jour, j’ai dis “Merde”, allez je fais un test, j’y vais sans perruque et je verrai bien ce qu’on va me dire. Et ce qu’il y a eu de plus étrange, c’est que PERSONNE n’avait remarqué que j’avais retiré ma perruque, vraiment PERSONNE. A la pause déjeuner, j’ai demandé à mes collègues s’ils n’avaient rien remarqué, et il m’ont répondu “Bah oui mais quoi? C’est normal, ce sont tes cheveux non, enfin on les voit , enfin!” Et là, c’était un peu comme une claque! Bon, il y a eu quelques blagues mais rien de bien méchant. Je me suis surtout rendue compte que même si les chaines sont souvent dites externes, les plus coriaces sont les chaines à l’intérieure de nous. 

Et à partir de ce moment là, j’ai su que je devais moi-même me voir différemment partout où que je sois.

A travers le livre AFRO!, tout le monde ne vit pas la transition de la même manière, certaines ont été pénibles, avec un rejet des autres, d’autres n’en n’ont pas eu besoin parce que, dès l’enfance, les parents avaient amorcé cette démarche en étant eux-mêmes des exemples (les fameuses mamans de mon enfance supposées être des marginales…).

Malheureusement, certains continuent encore de croire qu’il s’agit d’un effet de mode, j’ai d’ailleurs failli “clasher” avec une personne sur Twitter mais bon… 

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CONCLUSION: Dans le livre AFRO!, j’ai bien aimé la dernière phrase de la chanteuse et comédienne franco-camerounaise Sandra NKAKE qui dit justement que “Lorsqu’on choisit le naturel, on est presque considéré comme un militant d’extrême gauche!” Et l’anecdote vécue par la chanteuse Inna MODJA dans un aéroport où la femme en charge de la sécurité l’a mise de coté pour mettre sa main dans ses cheveux, car “Trop de boucles!! Il fallait vérifier …”  Tout ça pour dire qu’en effet, aujourd’hui encore, la normalité est dictée par l’environnement, et il n’y a pas du tout de parité entre cheveux défrisés et cheveux naturels mais bon, s’il n’y a plus d’ennemis à l’intérieur, les ennemis de l’extérieur ne peuvent plus nous atteindre . 😉  

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Kunta Queen Teh  

AFRO! de Rokhaya DIALLO et Brigitte SOMBIE, Editions Broché, Prix conseillé: 19,80€

Et vous? Avez-vous lu le livre? Qu’en avez-vous pensé?

5 Comments

  1. Bonjour kunta Queen Teh,
    J’aime bien ce pseudonyme, je crois que comme tu le dis si bien il te ressemble et j’en suis convaincu ; mais pourquoi ne pas l’avoir utilisé ? Patricia n’est il pas contraire à ta lutte ? Regarde Fela Kuti lorsqu’il s’est rendu compte que ransome n’était pas à son image il s’est fait baptisé Anikulapo qui est pur yorouba. Et grâce à lui je suis devenu fier de ma first name Indy qui m’a été donné le jour de ma naissance j’ai dû moi aussi lutte avec mes ennemis intérieurs . Je suis curieux c’est tout.

  2. I love you Afro Afro Afro
    I hate you… Sometimes. Chantent les Nubians… Un hymne à l’Afro qu’elles ont toujours célébré, dans leurs concerts, avec leur public, leur propre image…
    Je nai pas encore lu le livre mais ça ne saurait tarder, mais deja j’ai eu envie de partager avec vous mon bout de chemin:
    Naturelle depuis 3 ans (seulement) je considérais aussi que dans mon environnement professionnel ce ne serait pas possible. Je me souviens de ma 1ère rencontre avec la très connue Gilette LEWAT (la fée de vos cheveux naturels) au gouter d’anniversaire d’un ami commun, elle me disait deja â l’époque la nécessité de repasser aux cheveux naturels et cest l’argument que je lui avait servi: pas possible dans le monde de la finance. Elle a ri, calmement, avec assurance, j’étais déstabilisée mais je me disais qu’elle ne pouvait pas vraiment savoir. Looooool et aujourd’hui me voila, arborant mon Afro au quotidien, une vie plus simple et personne n’est concerné. (Rires).
    Biensur au depart le defrisage cest aussi pour enfin pouvoir passer un peigne sans sentir toutes les fibres de son corps suivre le mouvement, surtout et pire quand on a une tignasse…
    Ensuite je bosse chez L’Oréal et ils m’enseignent le principe actif du defrisage: aller au coeur du cheveux, et casser son ADN afin qu’il passe de frisé a lisse. Ca été brutal. Un clash dans ma tête… Cest ce que je faisais depuis? Alors jai d’abord décidé de ne plus jamais utilisé dè SUPER, au moins le Regular allait moins en profondeur. Puis dè ne le faire que 2 fois par an, laissant les repousses revivre… Puis je commence des soins hydratants suivi d’un lissage avec des plaques comme alternative au defrisage, mais je ne serai impeccable que dè samedi à lundi, je passais le reste de la semaine avec des cheveux à-peu-près. Toujours pas à l’aise. Puis je m’éduque… Je suis des exemples… J’apprend progressivement à accepter avoir mes cheveux “pas tirés aux 4 épingles” puis enfin à les AIMER ainsi… Et voila… Mes filles auront moins de peine, plus d’éducation sur l’entretien et moins de dictact social à subir: quand elle ne voudront pas de tresses, eh ben on n’en fera pas!
    Bisou Ladies

  3. Coucou!!
    Très bel article sur le cheveu crépu. Je n’ai pas encore eu le temps d’acheter le livre (A coup sûr, je le ferais) mais ça m’a rappelé que j’ai justement vu Rokhaya Diallo à la télévision la semaine dernière, et, je peux dire qu’elle détone avec ses cheveux crépus!! 🙂 Mais c’est elle!! Et son identité en sort juste renforcée.J’étais super fière, et, je me suis dit: “Elle me ressemble!”
    Personnellement, ça fait juste quelques mois que je suis revenu à mes “origines” et pourtant; l’envie m’en tenaillais depuis fort longtemps mais, le regard des autres, le “Qu’en dira-t-on?” si tenace, encore plus dans le quotidien africain. Eh oui, le cheveu lisse est devenu la règle à ne pas enfreindre… 😐 sous peine d’être traité de “retro” ou de “dégénéré”!! 😥
    Il a fallu que je quitte mon beau pays, que je change de statut pour oser obéir à ma volonté. Je me suis dit, “Je vais juste le leur imposer et, ils n’auront pas le choix…” Mes sœurs, ma mère ont adoré mais, une autre partie de ma famille a cru que je devenais folle!! Je recevais des appels effarés du genre: “Qu’est-ce qui t’arrive…?” Une fois, mon époux a même reçu un appel du pays dans lequel, on l’accusait de ne plus prendre soin de moi…Eh oui, si j’ai décidé de couper mes cheveux, c’est parce que mon mari ne s’occupe pas assez de moi!! 😕
    Bref, juste pour vous dire que l’acceptation du cheveu crépu a encore un long chemin à parcourir, sans compter ceux qui pensent que c’est un effet de mode, une lubie, ça va me passer! Il y’a tout de même une note positive: Étant à distance, j’ai pu me rendre compte qu’il y’a quelques filles qui assument le cheveu crépu dans mon pays, j’ai néanmoins le regret de ne l’avoir pas su plutôt…Peut-être (je dis bien peut-être…) j’aurais sauté le pas plus facilement.
    A elles et à nous, je leur dit juste courage!! Ce n’est pas encore gagné!! 😎

    • Bonjour Cécile!
      Ton message me touche énormément car à travers tes propos, on ressent à quel point il est important de se sentir à l’aise avec son image, aussi bien intérieurement qu’avec son entourage.
      Il faut se sentir libre avec son image sans se préoccuper du “Qu’en dira-t-on”, qui, parfois peut vraiment être destructeur!
      Merci à toi pour ce message plein de vie et d’optimisme!

      A très vite.
      Bisous

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