Me, Myself and I by Jennifer Padjemi

Hi EveryOne!

Comment allez-vous ?

Oui, je sais que ça fait une éternité que je ne suis plus revenue sur la toile, mais croyez-moi, je promets d’être plus proche de vous les semaines et mois à venir…

D’ailleurs, ce mois-ci, j’ai décidé de publier un article très personnel où je vais vous parler…. DE MOI! LOL, au début, l’idée de me livrer à travers un article me concernant ne m’enchantait pas trop, car j’avoue que c’est plus facile d’écrire un article sur les autres que sur soi, ou de laisser une autre personne vous poser des questions sur votre parcours…

Après avoir gagné la confiance de Jennifer Padjemi, journaliste chez BuzzFeed France, c’est maintenant à son tour de me poser quelques questions auxquelles j’ai répondu avec plaisir et surtout en étant la plus honnête possible!

Bonne lecture!

Est-ce que tu peux te présenter?

Je suis Anita et j’ai 32 ans. Avocate de formation, je suis actuellement juriste d’entreprise à Paris. 

Comment t’es venue l’idée de lancer un blog?
L’idée de lancer mon blog m’est venue au courant de l’année 2014. Je souhaitais avoir un espace de partage qui me ressemble. D’où la naisance de Kidjiworld ou le monde de Kidji; et pour info, Kidji est le diminutif de Kidjimalé mon deuxième prénom d’origine centrafricaine.

Quels sont les principaux sujets traités sur ton blog? Pourquoi?
Le blog traite de sujets divers et variés : beauté, coups de coeur (et aussi coups de gueule), conseils pour tous les jours et surtout mise en avant de différents portraits de femmes afro-descendantes vivant partout dans le monde.

Comment tu gères le blog au quotidien?
Mise à jour du blog avec entre 1 et 4 articles par mois, ça va dépendre de mon emploi du temps, de ma disponibilité et aussi des sujets qui m’inspirent. J’avoue qu’en ce moment, je suis très prise par d’autres projets donc pas trop présente sur la toile, snif !

Quel est ton parcours universitaire?
Après un Bac scientifique, je suis entrée en fac de droit à Lille 2 jusqu’à l’obtention d’un master 1, je suis ensuite venue à Paris pour faire mon Master 2 recherche en droit des affaires, puis préparer mon entrée à l’Ecole des Avocats (préparation à l’IEJ de Paris 5, puis entrée à l’EFB). Je suis titulaire du CAPA depuis 2013.

Tu es avocate de formation, pourquoi avoir choisi ce métier?
Au départ, je ne souhaitais pas spécialement devenir avocat. Je me voyais plutôt juriste en entreprise dans un pays anglo-saxon. C’est au cours de mon année de Master 2 que je me suis dit « Tiens, pourquoi pas moi ?! » Le métier d’avocat en faisait rêver plus d’un déjà, mais je me disais que c’était inaccessible, difficile… bref, j’avais pas mal de barrières psychologiques, puis dès l’instant où je me suis dit pourquoi pas moi ? C’était comme se lancer un nouveau challenge personnel, je me suis donnée les moyens d’y arriver pour bosser deux fois plus que d’habitude ! Et voilà !

Quels sont les points positifs et les poins négatifs liés à cette profession?
Point négatifs : Il faut être rentable. En effet, la plupart des jeunes avocats sont en collaboration libérale en cabinets, nous sommes donc soumis à des exigences de facturation et de rentabilité. De plus, étant donné le statut libéral, nous sommes soumis aux cotisations sociales assez lourdes telles que l’URSSAF, le RSI et la CNBF qui représentent environ 45 % de notre rémunération mensuelle. A cela, il faut rajouter la pression que vous mettent les exigences des clients, les associés impatients et pas toujours très pédagogues et les horaires parfois interminables…

Point positifs (sisi y’en a LOL!) : Le contentieux ! C’est pour moi l’un des moments où en tant qu’avocat, on se sent utile. Aller plaider un dossier qui vous tient un coeur est un bel exercice professionnel et humain. J’avoue qu’au début j’avais un peu peur des magistrats ou des confrères en face, mais aller au Tribunal plaider ses dossiers pour défendre les intérêts de ses clients, discuter avec les autres confrères sur son dossier est l’un des meilleurs moments de la vie d’un avocat, ça permet de sortir de la routine d’une journée au Cabinet. Enfin, un autre aspect positif du métier est que l’on n’a rarement le temps de s’ennuyer, le temps file mais les journées ne se ressemblent jamais et tous les jours, on a l’occasion d’apprendre de nouvelles matières. On est en formation tout au long de notre carrière.

Après mûre réflexion, j’ai décidé de me faire omettre du barreau, c’est-à-dire que je ne suis plus avocate officiellement car plus inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Barreau de Paris. J’exerce aujourd’hui la profession de juriste en entreprise pour l’un des plus gros promoteurs immobiliers à Paris. Je dois avouer que le statut de salariée et cadre en entreprise est nettement plus protecteur au niveau des droits sociaux et il permet un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, les horaires sont moins contraignants, la pression n’est pas la même et surtout la bienveillance au sein de mon équipe est réelle, ce qui permet d’oublier toutes ces années où j’allais travailler la boule au ventre…

Quelles sont les plus grandes difficultés vécues au quotidien en tant que femme, mais surtout en tant que femme noire dans cette profession?
Les plus grandes difficultés en tant que femme noire dans ce métier sont nombreuses.

Il faut tout d’abord rappeler que le monde des avocats parisiens est bardé de codes qu’il faut apprendre à maitriser pour sa propre survie dans ce métier. Pour tout jeune avocat, le métier est difficile. Quand on rajoute la particularité d’être une femme qui plus est à la peau noire, comme vous dire ? C’est presque suicidaire parfois sans mentir ! Tellement on essaiera de vous montrer que vous n’êtes pas à votre place, ou que vous êtes transparente, que votre point de vue ne compte pas, ou quand on vous le demande, il ne correspond pas à la question posée.

On essaiera constamment de remettre en cause votre parole, votre travail, votre compétence. En plus de tout cela, il faut rajouter l’existence de cette ambiance particulièrement hypocrite, où tout le monde vous fait de grand sourire, sans jamais vous dire le fond de sa pensée. Bref, il faut savoir prendre beaucoup de recul, ne pas perdre confiance en soi et surtout s’armer d’une barrière émotionnelle pour éviter de déprimer…

Que dirais-tu à toutes celles qui rêvent d’embrasser cette carrière?
Je leur dirai de ne rien lâcher, de multiplier les stages à l’étranger, en cabinets d’avocats français et étrangers, en entreprise et surtout de bien préparer ses entretiens. Ne jamais se mettre de barrière psychologique car même si on vous déteste et qu’on a besoin de vous pour un job, on vous prendra. Ne pas avoir peur de bosser dur et de grâce éviter de s’orienter vers des spécialités où les débouchés sont limités.

Que penses-tu du féminisme?
Je pense que le terme « féminisme » fait encore peur à beaucoup de monde.

Le terme est chargé de connotations lourdes et négatives. Pour ma part, je suis intéressée par le féminisme en tant qu’expérience vécue, en tant que manière de changer les esprits et, j’espère, les comportements. Pour moi, il existe une pluralité de féminisme dans lesquels n’importe qui pourrait se reconnaître. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir pourquoi les femmes sont moins payées que les hommes pour un même travail. Pourquoi, dans un couple, c’est le plus souvent à elles de faire des concessions, de renoncer à un travail ou à leurs rêves. Pourquoi tous les pays du monde n’offrent pas de congé paternité et des solutions de garde d’enfant abordables. Pourquoi les femmes sont encensées parce que, de la vie ­domestique en passant par leur travail, elles « font tout » mais qu’on ne se questionne jamais sur ce fait-là ?

Finalement, je me retrouve dans les propos de Chimamanda Ngozi Adichie quand elle affirme être une «féministe africaine heureuse» qui ne «déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes».

Te considères-tu comme féministe? Pourquoi?
Oui, je préfère adopter une vision intersectionnelle du féminisme en prenant en compte la particularité des luttes personnelles associées à la volonté de prendre la parole et de se faire entendre en tant que femme.

C’est pourquoi il appartient aux femmes, au premier chef, de se réapproprier le pouvoir des mots, et d’abord le pouvoir, encore inconnu, du mot “féministe”. Celui-ci reste encore (et à tord) un mot d’injure, voire un stigmate.

Où est ce que tu te vois (ou plutôt où aimerais-tu te voir) dans 10 ans?
A l’aube de mes 40 ans, je me vois vivre dans un pays africain, entourée de ma petite famille, et niveau professionnel, j’espère être à mon compte. J’en dirai pas plus !

Christiane Taubira Crédit Photo @kidjiworld

Quelles sont les personnes féminines qui t’inspires le plus, pourquoi?
Christiane Taubira, pour la défense de ses principes, parce qu’en tant que femme noire, elle restera un exemple qui nous permet de marcher la tête haute et de continuer à avancer.
Ma mère, pour tous ces enseignements, son amour et sa combativité.
Simone Veil, pour avoir porté le projet de loi IVG en 1965 dans une société très hostile à ce qu’elle défendait. Elle a su tenir tête malgré de nombreuses menaces pour faire avancer les droits des femmes en France.
Rosa Parks, Ellen Johnson Sirleaf, Maya Angelou, Juliette Sméralda et bien d’autres…Pour les combats qu’elles mènent (ou ont menées) pour défendre des causes qui leur sont chères.

Et enfin, quelle est ta philosophie dans la vie?
Toujours plus loin, toujours plus haut : Il ne faut jamais se mettre de barrière pour avancer et faire ce qui nous semble juste, utile et important. Tant que nous sommes en vie, il ne faut jamais cesser de rêver, car il n’est jamais trop tard pour se réaliser, être heureuse et se battre pour défendre ses idées.

Les petits plus en expliquant à chaque fois pourquoi:

Tes marques de beauté préférées :
Estée Lauder, True Colors, Iman, Bobbi Brown : des marques qui subliment la femme quelle que soit sa couleur de peau et ses problématiques avec des produits et des pigments de qualité.

Tes marques de vêtements préférées :
Claudie Pierlot, Tara Jarmon et üterque : Toutes des marques qui proposent des vêtements très colorés, très féminins avec un chic intemporel.

Livre(s) préférés :
Americanah de Chimamanda Ngozi : Une des rares fois où j’ai eu l’impression de me reconnaître dans le personnage. Ifemelu, le personnage principal m’a beaucoup fait penser à moi, à cause des questions qu’elle se pose sur les études, ses choix capillaires, sur les hommes…etc. C’était très agréable de lire une histoire sur une femme noire qui nous ressemble, qui est exempt de nombreux clichés autour de l’image de la femme noire encore (trop) présents dans la littérature. Pour aller plus loin, c’est ici:

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie : F.L.A.W.L.E.S.S.

Nini, mûlatresse du Sénégal, d’Abdoulaye Sadji où il est question des problèmes liés à l’assimilation, c’est-à-dire le rejet total de sa culture à une autre culture.
Civilisation ou barbarie de Cheick Anta Diop.

Film(s) préférés :
Brown Sugar, Usual Suspect, la Couleur Pourpre, Philadelphia, Malcolm X, Precious…Des films que je pourrai revoir à l’infini…

Alors, ça vous a plu? N’hésitez pas à laisser un petit message…

A très bientôt. Kisses

8 Comments

  1. Super article Kidji! La femme africaine belle par sa combativité, son intelligence et sa créativité !

  2. Très bien, ce portrait ! Tu te dévoiles dans cet article. Il fait ressortir ton tempérament courage et battante.

  3. bravo à toi pour tes réussites personnelles et professionnelles, tu vas encourager beaucoup de jeune filles et je te félicite pour ça

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