Une Femme, Un Modèle #28

Parce que parfois il faut savoir sortir de sa zone de confort et créer ses propres règles pour être plus heureux/se et se défaire du « quand dira-t-on »

Ca y est, on se retrouve de nouveau dans cette précieuse rubrique afin de découvrir ensemble une femme pleine de richesses et de curiosité qui a décidé d’allier bonheur au travail, épanouissement personnel tout en menant des combats qui lui tiennent à coeur!

Vous y découvrirez un univers professionnel où règnent la créativité, l’envie de partager et la positivité…

Bonne lecture!

@Matthieu Berthault

Peux-tu te présenter ? 

Je m’appelle Sarah, j’ai 32 ans et je suis Parisiano-montréalaise. J’ai grandi à Paris, j’y ai passé 28 ans de ma vie, et depuis 3 ans maintenant j’ai le bonheur de vivre à Montréal, au Québec, Canada.

Quel est ta profession ?

C’est un peu compliqué d’y répondre pour moi en ce moment, car depuis peu j’ai plusieurs casquettes (j’essaie en tous cas !). Je vais commencer par la profession qui me permet de vivre : Je suis stratège (ou planner stratégique comme on dit en France) en agence de publicité. C’est un nom un peu pompeux pour un métier que j’aime pourtant beaucoup. Ça consiste à croiser une lecture socioculturelle et business de notre époque afin d’aider les marques à atteindre leurs objectifs. Pour simplifier très grossièrement, quand tu vois un spot TV par exemple, il y a toute une équipe derrière. Des gens qui ont imaginé le spot TV – ceux qu’on appelle « les créatifs » ; et d’autres qui ont défini le message à faire passer. Ces derniers sont les stratèges, et voilà ce que je fais depuis onze ans maintenant. Ce métier s’exerce en agence de communication ou de publicité.

Quant à mes autres activités, dont je ne vis pas mais que j’essaie de prendre au sérieux; elles tournent autour de l’écriture. Ca fait quelques années que j’écris, de la poésie principalement, et depuis un an à peu près, je me suis mise à performer mes textes. Ici au Québec, on appelle ça du « Spoken Word »; Je pense qu’en France, on dirait du Slam.

En parallèle, j’essaie de contribuer à des sites que j’apprécie, comme Le Fil Rouge.

Texte de Sarah & Illustration de Marie Doazan

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Un peu par hasard pour être honnête! Enfin non, pas complètement. Je suis arrivée dans le monde de la communication par élimination; Par contre, j’ai réellement choisi la stratégie car j’avais adoré les cours qui lui étaient consacrés. En effet, le métier de stratège consiste à essayer de comprendre ce qu’il se passe autour de toi, comment la société évolue afin de définir le message le plus pertinent pour une marque X ou Y.

C’est de la sociologie très très vulgarisée, mais de la sociologie quand même. Ensuite, c’est un travail de démonstration et d’argumentation: J’ai souvent l’impression d’être toujours au lycée à faire des dissertations en permanence !
Ce à quoi je ne m’attendais pas par contre; Ce sont les gens que j’ai rencontrés en publicité: Ils expliquent que je sois toujours dans cette industrie. Quand j’ai débuté, j’avais des stéréotypes en tête, à la « 99 Francs ». La réalité, c’est que la publicité fourmille de talents, de personnalités très inspirantes et d’une grande humanité. Une surprise, pour moi qui m’attendais plutôt à tomber dans un bassin de requins individualistes !

Parle-nous d’une journée type.

Dans une journée type de stratège, tu vas faire de la recherche sur un sujet donné et te forger un point de vue dessus. Tu vas également dialoguer avec le reste des équipes: Pour faire évoluer ta stratégie, la nourrir des retours des autres équipes ou à l’inverse convaincre ces dernières que tes convictions sont les bonnes.

Quel est ton parcours post-BAC ? 

J’ai fait un bac L, deux années de classes préparatoires littéraires, après lesquelles j’ai passé le concours du CELSA, l’école de la Sorbonne dédiée au journalisme et à la communication.

J’y ai suivi le cursus en Management Inter-culturel: Je m’y suis beaucoup plue car il restait très axé sur les sciences humaines (j’y ai fait de la philosophie, des cours de sciences politiques, d’économie; en plus de mes cours de communication). C’est par ailleurs une école qui permet de faire plusieurs stages, donc j’ai pu m’essayer à différentes choses: Un stage en lobbying, en agence de communication dédiée aux ONG et en agence média.

Quelles sont les difficultés rencontrées durant ton parcours ?

Pour être honnête, j’ai eu beaucoup de chance dans ma scolarité puis dans mon parcours professionnel.

J’ai obtenu mon dernier stage dans l’agence que je visais, qui m’a ensuite embauchée et où je me suis plue pendant trois ans. Puis, je l’ai quittée pour une autre agence, que j’ai adorée. J’y suis restée 7 ans, dont 5 à Paris et 2 à Montréal. Ça a été une vraie éclosion personnelle et professionnelle pour moi, car en plus de travailler en étant entourée de collègues doué.e.s et inspirant.e.s; J’y ai rencontré des gens dans lesquels je me retrouvais.

Les deux fondateurs viennent de la région parisienne, ont une culture plutôt street et l’assument. C’était très différent de l’agence précédente dans laquelle j’étais, et, en réalité, je crois que c’était la première fois que je rencontrais des professionnels qui partageaient mes codes, qui étaient fiers de leur identité, de leur parcours, et se trouvaient de surcroît en haut de l’échelle. Moi jusque-là, quand je mettais des sneakers ou que mon verlan m’échappait, j’avais souvent droit à « wesh zyva, Sarah la caillera » – tu sais avec cet « accent de banlieue » super mal imité ? Bref, lourd…

Là, pour la première fois, quelqu’un m’a dit que c’était une force d’être « une meuf, un peu caillera, un peu intello » et qu’ ‘il fallait surtout pas que {je} change ça ». Ce quelqu’un étant, en plus, mon boss… Boom. Ca m’a fait l’effet d’une bombe. J’ai eu l’impression de pouvoir être pleinement moi.

D’ailleurs, en interne, ma couleur n’a jamais été un enjeu au cours de ces 7 années – mon père est franco-malgache et ma mère est française, donc j’ai la peau matte, les cheveux bien bouclés et les traits assez typés.

Je me souviens d’une fois, à l’époque où je travaillais à Paris, deux de mes boss et moi sommes allés en Suisse en train, pour une réunion. A la sortie de la gare, j’ai été la seule personne à être contrôlée. Le douanier cherchait visiblement à m’humilier, mettant en doute mes propos, questionnant l’authenticité de mon passeport. Bref, il voulait me faire sentir que je n’étais pas grand chose et que le pouvoir, c’était lui. Je suis sortie de la gare avec la haine ; je tremblais, retenais mes larmes. Un de mes deux boss a eu la meilleure réaction possible. Il m’a écoutée et a reconnu la légitimité de ma colère; il m’a épargnée le classique mais douloureux « Mais non tu te fais des idées, t’es parano ».

D’une façon générale, mon « apparence de minorité visible » n’a pas été un frein. D’abord, je suis privilégiée à plusieurs titres : J’ai un prénom et un nom à consonances françaises ; J’ai fait des études supérieures; j’ai un physique typé mais la peau plutôt claire, donc je corresponds à des codes valorisés depuis quelques années : « Metis is the new cool ».

Et en plus de ça, je n’ai pas de confession apparente… Mon « exotisme » est donc assez consensuel, tandis que mon capital socioculturel me donne un certain avantage. Ensuite, encore une fois, les agences que j’ai fréquentées ont été, pour moi, des lieux de respect et de tolérance, globalement. Si j’ai vécu des moments de malaise, c’est plutôt lors de réunions pendant lesquelles des clients ont eu des sorties racistes. Heureusement, c’est arrivé extrêmement rarement! Moins de 5 fois en 10 ans de carrière, et toutes des scènes surréalistes. Tu es en réunion, et tout à coup autour de toi, ceux qui « dérapent » considèrent que, parce que tu es là assise avec eux et maîtrises leurs codes, tu fais partie « des leurs ». Ils/Elles ne se rendent pas compte que quand ils rient avec mépris d’un groupe minoritaire; ils/elles le font devant une double minorité: Une femme, de couleur.

@Eva Laurette

D’ailleurs, si je commence à réfléchir à mon statut de femme, je pense que c’est bien pire. Je ne compte pas le nombre de commentaires sexistes entendus pour expliquer le comportement d’une telle – elle est forcément « mal baisée » ou « hystérique »; Les commentaires sur les seins ou les fesses de l’autre.

Dans ces cas-là, les femmes sont réduites à un objet de désir ou de dégoût, et leurs faits et gestes ramenés à la capacité d’un homme à les satisfaire. Une fois, on m’a dit que si je me sentais tant concernée par la question du racisme, c’est parce que j’étais célibataire : WTF, MEC ?! La bonne nouvelle si je puis dire, c’est que le type en question s’est excusé quand je lui ai fait prendre la mesure de cette connerie.

Et je te raconte tout ça alors même que je pense avoir évolué dans un milieu progressiste. On a tellement intériorisé le sexisme qu’on ne se rend même plus compte de la violence qu’il produit au quotidien. Ca change, heureusement; mais la route est encore longue.
« L’avantage » de toutes ces histoires est qu’elles m’ont convaincue qu’on a tou-te-s un devoir de solidarité totale envers les autres minorités, qu’on en fasse partie ou pas. Même si l’on appartient à un groupe dominant, on a le devoir de se mobiliser pour les autres. « Vivre ou mourir ensemble » comme dit Kery James. Ça passe par cette solidarité totale.

Les objets @Emma

Quelles sont les avantages et les inconvénients de ta profession ?

Les avantages sont nombreux. C’est un métier très stimulant intellectuellement. Il faut être curieux du monde qui t’entoure et aimer te poser des questions, retourner des problèmes dans ta tête.

Ensuite, c’est une industrie créative, donc tu rencontres tout un tas de talents en permanence. Je ne sais pas si j’aurais osé écrire sans la pub. J’ai commencé par une collaboration avec une collègue et amie illustratrice; encouragée par une autre amie, qui elle-même écrit et réalise des films en parallèle de sa profession de chargée de clientèle. Des histoires comme ça, il y en a pleins.

Je ne compte plus mes collègues qui sont aussi DJ, danseurs, peintres, photographes, réalisateurs, sommeliers, profs de rafting… à côté de leur « vrai » métier. Les gens qui ne fréquentent pas le milieu de la pub en ont souvent une image uniquement négative; mais la vérité, du moins, celle que je vois en tous cas, c’est beaucoup ça : Des gens passionnés et passionnants.

Evidemment, tout n’est pas rose. C’est une industrie dans laquelle on travaille beaucoup, beaucoup. Il faut avoir les reins solides. C’est très bizarre de supporter autant de pression, alors qu’au final, on ne sauve pas de vie, on ne change pas la face du monde, loin de là. Je suppose que les métiers de la pub font partie de ces « bullshit jobs », ceux dont on ne remarquerait pas l’absence si jamais ils disparaissaient.

D’ailleurs, il est parfois difficile de concilier amour de la créativité et hyper consumérisme. A une époque où tous les signaux sont au rouge pour nous dire qu’il faut changer de système et consommer autrement; Travailler en publicité, c’est aussi participer à la survie du modèle actuel. Ce n’est pas évident de trouver sa place là-dedans sans se flageller en permanence. Je suis moi-même schizophrène de ce point de vue.

Pour ne pas me perdre, j’essaie de faire passer les valeurs que je défends dans mon métier, dans l’espoir de créer du changement à mon échelle. Ce, tout en utilisant, en dehors du travail, ma plume engagée, mon temps et mon énergie afin de contribuer à un monde un peu meilleur.

Et pour la vie de famille ?

Comme je le mentionnais juste avant, la publicité est un milieu dans lequel on travaille beaucoup. Compliqué donc d’avoir une vie équilibrée – des activités régulières, une routine structurante. Avoir un compagnon ou une compagne c’est déjà tout un défi, alors des enfants, c’est une autre paire de manches ! Après, l’avantage des villes comme Montréal, c’est qu’il est normal de quitter son boulot à 17h00. Personne ne te regarde de travers.

Comment vis-tu au quotidien le fait d’être une femme dans le milieu de la pub ? 

Pour être honnête, j’ai pris conscience de mon statut de femme en tant qu’objet de discriminations systémiques assez tard.

D’abord parce que j’ai été valorisée dans ma carrière dans des environnements très masculins. Ensuite parce que, comme je le mentionnais plus tôt, j’avais intériorisé le sexisme. J’ai ri à des blagues sexistes, j’en ai même faites; tout en pleurant de celles qui me concernaient. Enfin parce que, comme tu le mentionnes, il y a de nombreuses femmes en publicité: Cela donne une illusion de représentation et d’équité. Deux de mes boss étaient des femmes – Deux femmes extraordinaires, de grandes féministes d’ailleurs.

Tarana Burke for @Rollingout

Je crois que c’est le mouvement « me-too » qui a fait éclater la bulle dans laquelle j’étais. Il m’a permis de réaliser que, bien que progressiste, le milieu dans lequel j’évoluais était lui aussi empreint de sexisme. Que s’il y avait beaucoup de femmes autour de moi, peu d’entre elles jouissaient d’un statut de VP (Vice-Président) ou Partner (Associées).

Que j’avais le droit de refuser les remarques, « plaisanteries » ou « compliments » sexistes; Que la honte était du côté de ceux qui les disent, pas de la « rabat-joie » qui s’en offusque.

L’une des agences dans laquelle j’ai travaillé a d’ailleurs rapidement tiré les leçons de « me-too » et promu des femmes aux postes à responsabilités que je mentionnais plus haut. Certains diront que c’est opportuniste. Personnellement, je me fous du motif. Si ces agences font ça pour être bien vues plutôt que par conviction, qu’importe; L’essentiel c’est qu’on donne enfin à ces femmes la place qu’elles méritent. À condition évidemment qu’il ne s’agisse pas que de promotions de façade.

Est-ce que tu te sens féministe ? Si oui, quelle est ta vision du féminisme ? 

Je suis féministe et je revendique ce terme. Les choses changent, et heureusement; Mais je sais que c’est un mot qui fait encore peur, qu’on a encore parfois l’impression qu’une féministe est une personne énervée qui vient, couteau entre les dents, castrer les méchants mâles.

Je crois que c’est important de continuer à dire que NON, Etre féministe c’est simplement se battre pour déconstruire nos préjugés et améliorer cette société pour que nous soyons tou-te-s traité-e-s de manière égale, indépendamment de notre genre.

Ensuite, je crois que je me sens proche du féminisme dit de troisième vague et de l’afroféminisme. Je me sens proche du premier car je le comprends comme un engagement à se montrer solidaire de toutes les femmes, indépendamment de leur milieu social, leur culture, leur pays d’origine, leur religion ou leur sexe « de naissance ».

Pour moi, cela veut dire que les principes de solidarité et de sororité priment sur nos différences. Par exemple, c’est grâce au féminisme de troisième vague que j’ai pris conscience du fait que, bien qu’étant une femme de couleur – donc à l’intersection de deux minorités; je pouvais moi-même me retrouver en situation d’oppresseur.e vis-à-vis d’autres femmes, par ma position économique et sociale aisée.

Ainsi, si j’embauchais demain des femmes en situation de précarité et les faisais travailler à un bas salaire ou à des horaires qui les empêchent d’avoir une vie en dehors du travail – des nounous ou des femmes de ménage par exemple; je deviendrais moi-même complice de leur précarité alors que je défends par ailleurs des principes féministes.

Dans la même logique, dans le courant de pensée du féminisme de troisième vague, il n’y a pas qu’une seule manière d’être féministe – la notre : française, occidentale, athée… Au contraire : le féminisme peut se vivre et s’exprimer de différentes manières, tant qu’il signifie être libre, autonome, indépendante dans ses choix de vie.

Ainsi, il n’y a pas de contradiction a priori à se dire féministe tout en portant le voile. Si moi, Sarah, me permettais d’attendre d’autres femmes qu’elles se dévoilent au nom du féminisme, cela reviendrait à les considérer comme incapables de libre-arbitre et à leur imposer un choix : le mien. Finalement, je ne ferais que prolonger le patriarcat.

Nebila Abdulmelik @Eyala

Une de mes très bonnes amies a lancé un blog consacré aux féminismes africains : EYALA. Grâce à elle, j’ai découvert des femmes fantastiques qui ont fait mûrir ma pensée féministe; Nebila Abdulmelik notamment. A tou-te-s celles et ceux qui pensent encore qu’Islam et féminisme sont incompatibles, je les invite à lire la pensée de cette activiste époustouflante. Elle est une leçon d’humanité et d’humilité.

Enfin, je me sens proche de l’afroféminisme en tant que femme « light skin », afro-descendante à la peau claire. Le documentaire « Mariannes Noires », réalisé par Mame-Fatou Niang & Kaytie Nielsen, a été une révélation à ce titre. J’ai compris que j’avais des choses en commun avec des femmes plus foncées que moi, notamment dans mon rapport au corps et à l’invisibilisation de ce type de physiques dans l’espace public. Bien qu’aujourd’hui, ma position de « light skin » est probablement plus facile à vivre au quotidien que pour des femmes dites « dark skin ».

Encore une fois, c’est désormais fréquent de voir des mannequins à la peau mate et aux cheveux frisés ou afros dans les médias et la pub; plus que des femmes Noires aux cheveux naturels. Mais ça n’a pas toujours été le cas. J’ai mis du temps à me retrouver dans les modèles dominants; à accepter mes cheveux « indomptables », mes yeux « pochés » ou ma bouche « de suceuse » !

Les objets @Emma

J’ai surtout compris que, bien que quarteronne (appellation que je réfute par ailleurs car héritée du colorisme colonialiste), élevée dans un milieu intellectuel français et en grande partie Blanc; mon identité est une réalité co-construite : c’est une négociation constante entre ce que je suis ou prétends être, et la perception que les autres ont de moi. Et quand les gens me voient, ils voient d’abord mon métissage.

La plupart du temps, c’est simplement factuel – je suis matte et bouclée, untel est blanc et blond, unetelle est grande, blanche et brune. Souvent, c’est même positif, ça éveille une curiosité bienveillante. Mais quand ça ne l’est pas, c’est très violent. C’est là que tu prends conscience que pour certain.e.s, tu ne seras jamais légitimement Française, tu incarneras toujours une altérité négative et méprisée.

Heureusement, dans mon cas, ces rencontres n’ont été que minoritaires; mais suffisamment nombreuses pour que je prenne conscience de ma négritude et la revendique fièrement.

Quels sont les conseils que tu pourrais donner à une jeune fille qui aimerait faire la même chose que toi ?

En termes de compétences, je lui dirais que si elle est créative et curieuse du monde qui l’entoure, ce métier est fait pour elle. Qu’avec de la curiosité et de la rigueur dans sa pensée, elle ira loin.

Surtout, je lui dirais qu’avant de choisir un métier, il faut qu’elle choisisse d’être heureuseCela veut dire ne pas postuler à un job parce que c’est cool sur son CV et que papa et maman seront fiers. Ça veut dire aussi que ce n’est pas grave de ne pas vivre pour son travail ou sa carrière ; Que ça ne fait pas d’elle une « looser » ou un parasite du système.

Que le plus important, c’est de s’assurer que l’équilibre qu’elle trouvera entre son métier et ses activités annexes lui permettra de répondre « oui » à la question « Es-tu heureuse ? », sans entendre de petite voix dans sa tête qui gémit, ou de sentir son ventre qui se tord dans le mensonge.

« Choisir d’être heureuse, c’est aussi profiter de toutes les opportunités qu’offre notre époque : Aujourd’hui, on peut inventer son métier, le calquer sur sa passion; il ne faut pas qu’elle laisse la peur ou les sarcasmes des autres l’empêcher d’essayer. » Sarah

Personnellement, je n’ai jamais été plus heureuse depuis que je travaille moins, et que mon métier de stratège n’est devenu qu’une des nombreuses composantes de ma vie.

Quel était ton modèle quand tu étais petite ?

J’ai grandi entouré de figures féminines très inspirantes, la première d’entre elles étant ma mère. C’est une réponse attendue j’en ai conscience, mais c’est vrai. Ma mère, Pied-Noire, a l’anti-racisme chevillé au corps. Elle s’est battue pour imposer son mari, mon père, à sa famille; musicien, métis aux cheveux longs, boucle d’oreille et bagues aux doigts : Mon père n’était pas exactement le gendre idéal pour mes grands-parents. Pour autant, ma mère ne s’est jamais posée en modèle à suivre. Sa curiosité et son ouverture d’esprit m’ont aussi beaucoup façonnée. Elle lit énormément, voit beaucoup de films, a des goûts musicaux très éclectiques… Je peux parler de tout avec ma mère, même lui faire écouter du rap. Elle a déjà eu les larmes au yeux en écoutant du Médine !

Il y a ma mère, mais il y a aussi ma grand-mère et ma tante paternelles, ma soeur, ma belle-mère, mes deux mamans d’adoption, dont l’une nous a quittés trop tôt… Toutes ces femmes m’ont beaucoup influencée par leur capacité à offrir un amour sans borne, mais aussi et surtout par leur intelligence, leur force, leur soif de liberté et leur courage.

Ah, et peut-être que tu vas rire mais, l’un de mes rares modèles féminins d’adolescence, c’était Diam’s. J’ai beaucoup de respect pour cette femme qui a régné en maître dans un monde d’hommes; Cette femme qui a essayé de soulever une génération entière contre le danger, encore imperceptible à l’époque, d’une Marine Lepen. Les médias l’ont beaucoup dénigrée quand elle a officialisé sa conversion à l’islam. Ils ont vite oublié comment, au début des années 2000, cette gamine d’à peine vingt-ans s’acharnait à lutter contre celle qui s’est hissée, près de quinze ans plus tard, au deuxième tour des présidentielles.

Aujourd’hui, la liste de mes modèles féminins s’est encore étoffée. J’ai énormément d’amour et de respect pour Assa Traoré, la soeur d’Adama, ce jeune homme mort entre les mains des gendarmes en juillet 2016. Assa Traoré travaille avec acharnement pour obtenir justice et faire changer ce système qui met un viseur sur les hommes Noirs et Arabes des quartiers dits « sensibles ». Sa détermination me bouleverse autant qu’elle me donne la force de me battre.

@MKMI Photo

Emma, la dessinatrice de bds féministe, fait également partie de ces modèles de femmes qui m’inspirent et me font grandir. Assa comme Emma m’ont, à leur échelle, permis de devenir une meilleure personne, plus alerte sur les injustices qui nous entourent ; et surtout mieux armée intellectuellement pour essayer de changer les choses.

Enfin, je dirais que mes modèles féminins actuels sont beaucoup dans les femmes de mon âge qui m’entourent. Certaines de mes amies les plus proches sont de véritables guides. Je me dis souvent qu’elles ont compris la vie avant moi, et que si l’humanité était uniquement composée de personnes à leur image, le monde irait mieux.

Côté modèles masculins, mon père a été et reste très important – grand classique ici aussi! C’est un musicien dont j’admire le talent; mais c’est surtout un humaniste, un idéaliste porté par un grand amour des autres et un immense sens de la justice. Mon père a l’indignation heureuse : il se lève pour les causes qui le touchent, sans cesse, en musique et avec le sourire. Lui comme ma mère m’ont appris combien il est important de s’indigner et se battre pas seulement pour soi mais pour les autres, pour la communauté humaine que nous formons, tou-te-s ensemble.
Enfin, pour ce qui est des figures célèbres, je dois avouer avoir surtout admiré des hommes. J’ai réalisé bien plus tard que la plupart était des activistes Noirs (Nelson Mandela, Mohammed Ali). J’ai compris l’année dernière que ce n’était pas le fruit du hasard, mais le reflet de ma négritude – « une prise de conscience de la différence, comme mémoire, comme fidélité et comme solidarité », pour reprendre les mots d’Aimé Césaire.

Assa Traoré, rédactrice en chef invitée, raconte son combat pour la justice et la vérité par Assa Traoré | @Politis

Quel est ton produit de beauté chouchou ? 

Ma crème maison au beurre de karité et à l’huile de coco ! Je l’adore. Elle est très facile à faire, économique, et laisse la peau soyeuse. Je l’utilise pour le corps. Pour le visage, j’ai également un mélange maison avec la même base, dans lequel j’ajoute de l’huile d’amande douce ainsi que de l’huile essentielle de tea tree pour prévenir les petits boutons.

Quels sont tes futurs projets ? 

Professionnellement, j’aspire à trouver toujours un meilleur équilibre entre publicité et le reste de mes activités : Ecriture, slam, activisme. Pour être heureuse. C’est la philosophie de mon papa, que je m’applique désormais. En fait, c’est mon principal projet. Être heureuse et fière de la personne que je deviens.

J’espère que cet article vous a plu! Merci encore à toi Sarah pour la justesse de tes propos. A très bientôt!

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