S’aimer sans condition quand on ne rentre pas dans un 38, c’est parfois un acte de résistance de plus en plus difficile à l’ère où l’industrie nous vend des injonctions minceur sous couvert de “bien-être”.
Michelle Buteau, elle, s’entête à montrer une héroïne qui s’aime telle qu’elle est.
C’est tout le postulat de Survival of the Thickest, et c’est aussi ce qui m’a fait tenir jusqu’à cette troisième et dernière saison, sortie le 2 juillet sur Netflix.

==>Petit avertissement : je vais évoquer certains éléments de l’intrigue sans dévoiler la fin.
Mais je dois être honnête avec vous : Cette saison finale n’a pas la même force que les deux précédentes. Mavis (Michelle Buteau) s’installe dans sa relation avec Luca (Marouane Zotti), et le couple devient tellement fusionnel, tellement démonstratif, que ça en devient parfois pesant à regarder.
La série continue d’afficher fièrement ses convictions, entre la body positivité, l’amour de soi, la représentation des minorités noires et queer et dans le fond, je ne peux que saluer cet engagement.
Cependant, je trouve que l’écriture ne suit pas toujours cette ambition.
Les dialogues s’enchaînent en « punchlines », en répliques qu’on imagine déjà citées sur les réseaux, et à force, cette accumulation de bons mots finit par sonner creux.

Les gens ne se parlent pas comme ça dans la vraie vie, et cette saison, plus que les deux premières, j’ai eu la sensation de regarder une série qui coche des cases représentatives plutôt qu’une histoire qui cherche avant tout à me divertir.
J’avais parfois l’impression de regarder cette série par solidarité, pour soutenir ce qu’elle représente, plus que par pur plaisir narratif.
Ce qui sauve la saison : l’épisode parisien !!
Et pourtant, au milieu de ces réserves, il y a un épisode qui, à mes yeux de femme Noire francophone, change complètement la donne : l’épisode 4, où Mavis débarque à Paris pour la Fashion Week.
Pour une fois, ce n’est pas la carte postale habituelle qu’on nous ressert dès qu’une série américaine pose ses caméras dans notre capitale (à l’instar d’Emily In Paris).
L’apparition de Sally et Maureen apporte une vraie fraîcheur à cette parenthèse, et surtout, les personnages prennent le temps d’évoquer le Paris Noir, les restaurants africains et Château Rouge.
Ça m’a beaucoup touchée, sincèrement, et ça a suffit à me réconcilier un peu avec cette saison.
On parle rarement, dans une série grand public, de cette histoire là : Celle des artistes, écrivaines et intellectuelles noires qui ont trouvé à Paris un espace de liberté qu’elles ne trouvaient pas ailleurs, celle d’une capitale qui a aussi sa propre mémoire noire, ses propres figures, ses propres quartiers.
Je pense notamment à James Baldwin, Richard Wright, Dee Dee Bridgewater ou encore Joséphine Baker.
Voir cette référence glissée avec autant de naturel dans une comédie new-yorkaise, ça m’a rappelé à quel point ma propre identité de femme Noire francophone s’inscrit dans une histoire bien plus large, transnationale, qui dépasse largement les frontières entre nos deux pays.
Mavis qui découvre ce Paris Noir, ce n’est plus un simple décor exotique pour une touriste américaine : c’est une continuité, un fil qui nous relie, elle et moi, par-delà l’Atlantique.

L’amour, oui, mais pas que le romantique
L’autre fil rouge de cette saison, c’est bien sûr l’amour, celui de Mavis et Luca, mais aussi celui, plus discret, de Khalil (Tone Bell) qui continue son travail sur lui-même, notamment en tentant de renouer avec son père incarcéré.
C’est dans ces zones plus intimes, moins clinquantes, que la série retrouve un peu de la justesse qui avait fait tout son charme au départ.
Le désir de maternité de Mavis, la fausse couche qu’elle traverse avec Luca, sont abordés avec une sincérité qui tranche avec les scènes moins marquantes du reste de la saison.

Mon avis final
Alors non, cette saison 3 n’atteint pas la barre des deux précédentes, et j’aurais presque préféré que la série s’arrête sur la saison 2, sur une note plus haute.
Cependant, je ne peux pas nier ce qu’elle continue de représenter : Une magnifique femme noire, ronde, qui s’aime sans attendre la permission de personne, entourée d’une famille choisie qui l’a toujours soutenue.

Et cette fois, en tant que spectatrice Noire et francophone, j’ai eu la sensation supplémentaire d’être vue, moi aussi, dans ce récit, grâce à ce détour parisien qui m’a rappelé que le Paris Noir fait, lui aussi, partie de cette histoire plus large.
Et vous, cette saison finale vous a-t-elle convaincue, ou vous a-t-elle laissée sur votre faim ?
Dites moi en commentaire ce que vous avez pensé de l’épisode parisien !

