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« RIVALITE, NOM FEMININ » de RACHA BELMEHDI

« Pourquoi la femme est-elle si souvent l’ennemie de la femme ? »

Je viens de terminer le premier essai de l’autrice féministe RACHA BELMEHDI et que dire ?

C’est une excellente analyse des relations entre femmes. Les propos de l’autrice sont complets et très documentés. Elle y parle du « patriarcapitalisme », de comparaison, de projection, de coups bas et de jalousie entre femmes.

RACHA BELMEHDI, autrice féministe et journaliste, ne croit pas à la « sororité de façade ». Pour s’attaquer au thème de la rivalité féminine, elle décide de poser un regard féministe sur ce thème mythique.

Editions FAVRE

L’autrice a passé une enfance nomade, partagée entre la Côte d’Ivoire, la Russie et l’Algérie, avant de poser ses valises à Paris et d’y étudier le journalisme. Féministe depuis toujours, elle se passionne, entre autres, pour la pop des années 90, les films de James Ivory et l’autofiction féminine. Ses années dans la presse mode lui inspirent en partie l’idée de cet ouvrage qui est son premier livre.

Elle a lancé un appel à témoignages sur des forums et ses réseaux sociaux, et des centaines de femmes lui ont répondu. C’est dire à quel point ce sujet passionne !

Elle a donc décidé d’en faire un livre en affirmant que, même si la compétition entre femmes existe, elle peut être combattue.

De la rivalité féminine en milieu professionnel qui peut aller jusqu’au harcèlement de la part de responsable féminine, de l’hypocrisie des « Girlboss » qui vantent une sororité de façade pour redorer leur propre image, en passant par le syndrome de la reine des abeilles ou de la Schtroumpfette, mon chapitre préféré dans cet essai restera le chapitre n°10 dédié au complexe Naomi. 

Dans ce chapitre, l’autrice revient, entre autres, sur les raisons pour lesquelles les femmes Noires se font (un peu trop souvent) la guerre. A titre de rappel, c’est en 2019 que le top model Tyra BANKS évoque pour la première fois sa rivalité avec Naomi CAMPBELL :

« J’ai eu un début de carrière très douloureux à Paris, les gens ne savaient pas que je rentrais à la maison en pleurs, car une femme que j’admirais ne voulait tout simplement pas que je sois là et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour me faire partir »  Tyra BANKS

Tyra BANKS ajoute qu’elle pensait que tout sentiment de rivalité entre les deux modèles était né de la nature du secteur et de son manque de diversité à l’époque, et du fait que Naomi était le seul modèle noir important à ce moment là.

Tyra BANKS et Naomi CAMPBELL

Dans ce premier essai, RACHA BELMEHDI étend le complexe Naomi à tous les milieux professionnels confondus où, en tant que Femme Noire, nous sommes souvent en minorité. En effet, dans le monde de la mode, pour les instances décisionnaires, les mannequins noirs sont utilisés comme des cache-misères.

Dans certains cas, on en vient à embaucher une personne racisée dans le but d’échapper aux accusations de discrimination et de soulager la conscience de certains/certaines.

N’oublions pas que même si les places réservées aux femmes sont rares, elles le sont encore plus pour les Femmes Noires. Voilà pourquoi nous sommes parfois conditionnées à penser qu’il ne peut en avoir qu’une.

« Black Girl » de Zakiya Dalila Harris

A l’instar de l’ouvrage « The Other Black Girl » de Zakiya Dalila Harris dont je parle ci-dessus, au lieu de créer une chaîne de solidarité entre femmes racisées dans le monde du travail, on observe souvent le contraire, à savoir une compétition directe entre le peu de femmes racisées embauchées dans certains secteurs. Dommage! 

L’autrice nous invite aussi à nous remettre en question sur nos habitudes quotidiennes, nous appelle à être plus empathique envers les femmes qui ne nous ont ni attaquées, ni blessées dans notre amour propre. Cet essai est un remède pour nous inviter à quitter certains schémas qui nous empoisonnent.

A travers ses propos, l’autrice nous indique que si nous parvenions un jour à nous éloigner de toute forme de compétition féminine, cela serait une véritable libération.

En effet, on ne se casserait plus la tête à se demander si l’on est assez jolie ou assez jeune parce que l’on ne se comparerait plus à qui que ce soit.

La rivalité féminine ou ce sentiment de ne jamais être « assez » pourrait disparaître ou prendre la forme d’une compétition qui se baserait sur des éléments plus objectifs, comme le travail, et non plus sur des insécurités.

« Je pense qu’il faut commencer très jeune à regarder d’autres femmes. Le nœud de la rivalité féminine, c’est souvent l’absence de confiance en soi.

Par exemple, il est important de montrer que tous les corps existent. Pour ma part, j’ai en partie grandi en Algérie.

Quand j’étais petite, on m’a emmenée au hammam. Au fil des années, j’ai vu des femmes nues, tous les types de morphologies et de pilosités.

Cela m’a confortée dans l’idée que la norme n’existait pas et que mon corps avait tout à fait sa place au milieu des leurs. »  Racha BELMEHDI

Racha BELMEHDI

En conclusion, même s’il ne s’agit pas d’un livre de développement personnel, l’autrice nous recommande vivement de travailler sur nous-même, afin de surmonter nos propres insécurités.

Mieux vaut parfois prendre le taureau par les cornes, se regarder en face, plutôt que de projeter ses propres peurs sur les autres ou pire, de détester d’autres femmes sans aucune raison. Non?

De plus, arrêter de se comparer à d’autres femmes nécessite de se détacher de la culture de la célébrité et de réduire son temps sur les réseaux sociaux : J’ai moi-même limité mon temps sur Instagram car, au lieu de me donner des idées pour être plus créative, je commençais à ressentir un sentiment de frustration face à des photos de « femmes parfaites », à la « vie parfaite » et sans problèmes apparents. Et puis ça fait du bien de s’y déconnecter pendant quelques jours.

Il existe de nombreuses façons de se déconstruire et de prendre soin de soin; il faudrait que chacune d’entre nous puisse trouver sa propre formule.

A vous mes chères lectrices et lecteurs, je ne peux que vous recommander cet essai.

C’est un ouvrage à faire circuler. Prenons soin de nous et osons avancer sereinement sans jalousie aucune. Bonne découverte.

« Rivalité, nom féminin », de RACHA BELMEHDI, Editions FAVRE, 19 euros, 240 pages, date de parution: 18 février 2022

kidji

"Always higher and further together!" N'ayons pas peur de rêver et de voir la vie en GRAND!
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Joyeuse et optimiste dans la vie, je tente de faire en sorte que cela transparaisse dans mes lignes que je vous livre ici.
A très vite!

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