On parle souvent de la charge mentale des courses, des rendez-vous chez le pédiatre ou du linge à plier. Mais qui parle de la charge mentale du miroir ?
Cette fatigue sourde qui s’installe quand on réalise que chaque livre, chaque jouet, chaque mot sur l’histoire de nos racines repose uniquement sur nos épaules de maman.
En effet, si je ne le fais pas, ils ne sauront pas; et si je ne le dis pas, ils seront invisibles.
Transmettre, dans notre contexte, n’est plus seulement une passation de savoirs : C’est une résistance quotidienne.

Le poids de la sentinelle : Ce rôle de « sentinelle », je ne l’ai pas choisi hier. Il s’est invité dans ma vie bien avant que je ne devienne mère de deux enfants. Il est l’héritage direct de mon enfance de fille aînée d’une famille d’origine centrafricaine qui a grandi en France.
Être l’aînée, c’est être le premier laboratoire. C’est porter, souvent sans le savoir, les espoirs de réussite d’un clan et la responsabilité de traduire le monde pour celles et ceux qui nous suivent.
J’ai grandi avec cette injonction silencieuse : Fais attention, sois exemplaire, ne fais pas d’histoires, mais réussis deux fois plus que les autres.
Ce poids, je le sens encore parfois au creux de mes épaules, comme une vieille habitude dont on a du mal à se défaire.
J’ai été l’enfant qui devait rassurer ses parents sur leur intégration par ses notes à l’école, et je suis devenue la femme qui doit rassurer ses enfants sur leur valeur face aux regards extérieurs.

Naviguer à vue : Entre protection et exposition : Aujourd’hui, face à mes deux enfants qui ont cinq et huit ans, je suis parfois assaillie par le doute.
En tant que maman noire en France, je navigue à vue.
- Est-ce que je les protège trop en leur expliquant trop tôt les nuances et les biais du monde ?
- Ou est-ce que je les expose en ne leur disant rien, les laissant sans défense face à une remarque déplacée dans la cour de récré ?
Je me demande souvent si, en voulant leur donner des racines fortes, je ne leur transmets pas aussi mon propre stress de la performance.
Cette peur viscérale qu’ils ne soient pas perçus comme « assez » par un système qui, parfois, les regarde encore avec un point d’interrogation.

Le défilé des casquettes : Il y a des jours où je me sens épuisée par la superposition de mes identités:
- Il y a l’ex avocate, qui connaît la froideur des structures et la réalité des plafonds de verre.
- Il y a l’aînée d’une famille, qui veut toujours que tout soit parfait pour honorer les sacrifices passés.
- Et il y a la maman, qui veut juste que ses enfants rient, courent et s’épanouissent sans porter le poids de l’histoire sur leurs petites épaules.
Trouver l’équilibre, c’est accepter que je ne peux pas être un bouclier infaillible.
Mon rôle n’est pas de filtrer tout le soleil, mais de leur apprendre à marcher dans la lumière, même quand elle est éblouissante.

Déposer le sac (mais garder les racines) : J’apprends doucement à déposer le sac.
Transmettre, ce n’est pas seulement préparer au combat. C’est aussi leur montrer qu’on a le droit d’être fatiguée, le droit d’être vulnérable, le droit d’être simplement soi, sans avoir à prouver quoi que ce soit.
Mon équilibre, je le trouve désormais dans ces moments de « pause », comme avec des vacances entre copines, des « Girls Trip » ou avec des sessions de thérapie, où la parole se libère entre femmes, entre sœurs.
Je comprends que ma vulnérabilité est aussi une leçon pour eux : On peut être forte et avoir besoin de repos.
Je leur donne les clés de leur histoire, mais je leur laisse la liberté d’ouvrir leurs propres portes. Sans l’ombre de mes peurs d’enfant, mais avec toute la force de notre lignée.
Conclusion : Cultivons la joie comme acte de résistance
Finalement, si la charge mentale culturelle est un sac à dos parfois lourd, j’ai décidé que ce qu’il contient ne doit plus être un fardeau, mais un TRESOR.
Transmettre, ce n’est pas seulement préparer mes enfants à affronter les tempêtes, c’est aussi leur apprendre à savourer la vie.
Aujourd’hui, je choisis de cultiver la joie. la joie de nos musiques qui résonnent dans le salon, la saveur de nos plats qui racontent une histoire sans mots, et la fierté de voir mes enfants marcher la tête haute, conscients de leur héritage mais libres de leurs propres rêves.
Je dépose les armes de l’excellence à tout prix pour embrasser la douceur d’être, tout simplement. Car au fond, le plus bel héritage que je puisse leur laisser, ce n’est pas ma capacité à résister, c’est ma capacité à être épanouie, entière et en paix avec toutes mes facettes.
Et vous, chères mamans, chères aînées, chères sœurs … Ressentez-vous aussi ce poids invisible de la « sentinelle »?
Comment parvenez vous à poser votre sac le temps d’une pause?
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